Il y a peu moins de huit siècles, une nouvelle Europe se construisait dans la concrétisation des Etats. Ainsi se brisaient les relations bimillénaires qui faisaient des Pyrénées un lien pour les hommes et non une frontière. Dans la grande guerre Albigeoise, s’abîmait l’espoir de réunir dans une confédération en gestation, les terres culturellement jumelles d’Aquitaine, d’Auvergne, de Toulouse et de Provence, avec celles de Catalogne; l’arc Latin était coupé sur les Corbières. En même temps s’assombrissaient les conquêtes culturelles, morales et sociales d’une jeune civilisation en train de mûrir dans cette zone ouverte del l’Europe et qui s’exprimaient dans une langue commune.
Une partie centrale de l’Occitanie, entre Rhône et Garonne, que devaient suivre au XVème siècle Aquitaine et Provence, entrait dans la composition du royaume de France. La longue histoire d’un Etat qui devait être hexagonal de forme, et se vouloir politiquement national, commençait. Les Occitans allaient en être des acteurs non secondaires. L’aventure historique Catalane, liée à l’Aragonaise, allait descendre vers le sud et s’étendre en Méditerranée pour ensuite, encore au XVII ème siècle, la frontière se déplaçât vers les Albères, séparant une partie de la Catalogne.
Au XIX siècle , dans le réveil des langues et des cultures de tous les peuples d’Europe, le souvenir d’un illustre passé résonnait de nouveau entre Catalogne et Occitanie. Des écrivains idéalistes s’aperçurent que leurs langues modernes pouvaient encore être encore dites jumelles, et communièrent autour d’une « Coupe Sainte ». Mais les deux Renaissances, séparées par les grands drames politiques et guerriers qui secouèrent le continent de 1870 à 1945 , connurent des destinées et des réussites différentes.
Nous sommes maintenant en un autre temps: l’Europe en est à s’unir et, dans cette immense nouveauté qui fait tourner les siècles sur leur axe, pacifiquement, naturellement, les régions, les espaces retrouvent en termes modernes leurs anciennes logiques. Il existe déjà structurellement une Eurorégion entre Toulouse, Montpellier et Barcelone. L’Arc Latin se recompose et retrouve son articulation centrale entre Nice et Valence. Les retombées, retournées pendant des siècles, du Limousin et de l’Auvergne sur un monde Méditerranéen ressorti de sa longue décadence, réapparaissent dans des nouvelles relations qui donnent à l’Europe du Sud sa cohérence.
Le moment est venu pour les Catalans et les Occitans, d’une nouvelle rencontre. Depuis vingt ans, un Cercle de rapprochement occitano-catalan travaille à la connaissance mutuelle. Cette connaissance doit passer par un haut niveau de conscience publique. Pour cela, un congrès de l’espace commun est convoqué au tournant des siècles et des millénaires par des animateurs de l’économie et de la culture, avec l’aide des collectivités régionales et locales. Il tresse les réflexions les plus actuelles à l’approfondissement de la connaissance de l’histoire, et à la construction de l’avenir.
Catalans e Occitans, inventem ensems l’intrada dins un nòu millenari.
Robert Lafont

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